Un texte touchant sur la réalité des médias écrit par Laurie Coulombe
Extrait tiré du blogue Bike Hair Day 


Si j’avais eu 5 ans, j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps. Tomber de sa bicyclette est toujours une immense épreuve pour un enfant. En plus de faire mal au corps, la chute affecte aussi le jeune égo.

À 30 ans, il va de soi qu’un crash de vélo n’attire plus les larmes mais fait aussi mal aux membres et à l’orgueil.

Ce matin, au réveil, j’ai reçu un message d’une amie qui me demandait si tout allait bien. Ca fait plaisir de savoir qu’on se soucis de ma santé. Par contre, j’étais moins flattée de voir que ma chute à la course à laquelle je participe depuis 3 ans avait fait les nouvelles télévisées Québécoises. Pas de mention pour les près de 20 athlètes Montréalais présents à cette course internationale qui ont performés, ni de mise en contexte sur l’évènement. Juste une vidéo de l’immense crash chez les femmes, où l’on voit une trentaine de cyclistes se foncer dedans et s’empiler les unes sur les autres. Certaines se relèvent, d’autres non. Parmi elles se trouvaient quatre athlètes Montréalaise, dont moi.
On nous voit se relever au travers des corps et des vélos étalés au sol. Les spectateurs frappent sur les barrières et crient pour que l’on se relève. On perçoit clairement des commotions, des membres ensanglantés et des airs hébétés.

Devant cette nouvelle, je suis insultée. Nous ne sommes pas des bêtes de cirque. Nous pratiquons notre sport avec plaisir et sommes tous conscients des dangers que celui-ci comporte. Chacun d’entre nous redoute les chutes et personne ne pense que de remonter sur son vélo après avoir été victime d’un carambolage est « badass » ou héroïque. On vous mettra pas de l’avant le plaisir et le bonheur que nous procure ce genre d’évènement. On ne mentionnera pas les bons coups, les rires ni même les gagnants. Nope, on vous fera juste un bref résumé du pire avec les pires images pour l’accompagner.

Devant ce voyeurisme, je n’arrive pas trouver les mots justes pour décrire mon mécontentement. Pendant que les spectateurs se délectent du malheur des autres, certains souffrent longtemps de ces mésaventures.

Je souligne le courage et la classe de certaines de mes comparses cyclistes qui osent mettre les justes mots pour décrire l’événement.

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Personne ne va écrire: « WOW QUELLE EXPERIENCE! »

Non. Ce n’était pas le fun. Ce n’était pas drôle. T’es pas warrior parce que tu te relèves d’un crash et que tu reprends le départ en mettant ta vie en danger une deuxième fois au travers de filles qui tremblent comme une feuille.

En contexte, je dois dire que ce crash a été plutôt doux pour moi. Je suis tombée doucement sur une autre cycliste et mon vélo a absorbé la chute des autres. Aucune blessure, juste mon casque défoncé et ma roue arrière voilée. Quand je me suis relevée, j’ai replacé mon guidon, je suis remontée en selle. J’ai cherché des visages connus au travers de la foule pour les assurer que tout allait bien.

Au « second start », la tension était palpable. Devant moi, la cycliste avait les jambes tremblotantes. Le côté droit de son maillot déchiré révélait de la chaire sanglante. J’ai demandé à celles autour de moi si « everything’s ok ? ». En passant mon gant sur mon casque, j’ai senti que celui-ci avait absorbé un dur coup. Je me suis alors demandée si ca valait la peine de courir le risque de retomber sur un casque qui ne me protégeait dorénavant plus à 100%. Puis au travers de la foule, j’ai vu Rémi, l’homme de ma vie, qui m’a crié le regard inquiet « Joues la safebabe ! ».

And that was done. Je vais la jouer safe mon amour. On a une vie à traverser ensemble, on a une famille à construire. Je dois rentrer travailler pour payer notre loyer et l’été n’est même pas encore commencé. Nos vacances, nos balades à vélo, les cafés, le soleil… Je veux profiter de la vie avec toi et ce, en pleine santé. Je vais sortir de ce circuit et au y’able le fame et le résultat.

Ma victoire, c’est de prendre la bonne décision et de faire de ma santé une priorité.

Certes, le plus vite je reprendrai le départ d’une course, le mieux je me sentirai. Parce que ce genre d’évènement n’arrive pas à toutes les courses. Le Red Hook Crit est vraiment formidable de par son organisation et l’ambiance qu’on y trouve. Il est bon de pousser ses limites au maximum et partager ses efforts avec ses complices cyclistes qui viennent de partout dans le monde. Mais ça, on vous en parlera pas à TVA…

Cheers.
Laurie